Témoignages

Lillan Ahlefeldt-Laurvig, sa compagne

Depuis que tu as quitté la scène terrestre, pour un monde que j’ignore, mais où tu as sûrement trouvé une place à la mesure de ton aura, je ressens chaque jour le désir de t’exprimer ma reconnaissance pour le privilège que tu m’as donné de m’avoir fait partager trente ans de ta vie, passés comme un moment irréel et fugitif. Au-delà des émotions intenses apportées par ton art, et de son rayonnement dans le monde, j’ai apprécié plus que tout autre la diversité de ta personnalité: ton âme sensible et généreuse dans la vie privée, comme dans la vie publique, et la noblesse de ton cœur planant au-dessus des mesquineries humaines. Peu avant ton ultime départ, je n’oublierai jamais les paroles murmurées avec tant de douceur et de courage:
«Je n’ai pas peur de mourir
Je n’ai jamais spéculé
J’ai seulement aimé!»
Très cher Serge, dans l’ombre ou la lumière, tu fus toujours un grand seigneur
2016-10-14T14:58:52+00:00
Depuis que tu as quitté la scène terrestre, pour un monde que j’ignore, mais où tu as sûrement trouvé une place à la mesure de ton aura, je ressens chaque jour le désir de t’exprimer ma reconnaissance pour le privilège que tu m’as donné de m’avoir fait partager trente ans de ta vie, passés comme un moment irréel et fugitif. Au-delà des émotions intenses apportées par ton art, et de son rayonnement dans le monde, j’ai apprécié plus que tout autre la diversité de ta personnalité: ton âme sensible et généreuse dans la vie privée, comme dans la vie publique, et la noblesse de ton cœur planant au-dessus des mesquineries humaines. Peu avant ton ultime départ, je n’oublierai jamais les paroles murmurées avec tant de douceur et de courage: «Je n’ai pas peur de mourir Je n’ai jamais spéculé J’ai seulement aimé!» Très cher Serge, dans l’ombre ou la lumière, tu fus toujours un grand seigneur

Serge Lifar par Attilio Labis (novembre 2001)

Un grand nom de la Danse et un maître incontesté pour ceux qui ont eu le privilège de naviguer à travers leur Art sous son autorité bienveillante.
Un chorégraphe inspiré et un Artiste Habité.
Un interprète transfiguré par le personnage qu’il incarne.
S’il jouait Napoléon, il était Napoléon. Si c’était un pharaon, il devenait le Pharaon, et dans Icare, il brûlait ses ailes dans le soleil et, symboliquement, il mourrait sur la terre, dévoré par son ambition de s’élever au-dessus des possibilités humaines. A ce propos, on peut parler de son côté mystique, qui risque d’échapper à ceux qui l’ont connu superficiellement, car dans ces moments de transfiguration, le mystère d’avoir une autre vie intérieure impalpable le submergeait. Il vivait alors intérieurement et détaché du monde. A l’occasion d’une tournée en Egypte, nous étions tous les deux à l’intérieur d’une pyramide et nous restions songeurs en contemplant l’excavation qui avait contenu le sarcophage d’un pharaon et comme Lifar ne disait rien, apparemment subjugué par le mystère qui règne dans cet endroit, je cassais le silence en disant «Maître, votre place est ici». Il me regarde alors et me dit «vous croyez Labis, vous croyez». A ce moment-là, il était le Pharaon. Chacun voit un personnage avec ses propres critères et ses propres souvenirs.
Personnellement, j’ai le souvenir d’un être charmant avec une gentillesse et une bonhomie parfois touchante et une façon poétique de parler de la Danse, comme par exemple, la qualité du toucher de la pointe du pied d’une ballerine sur le sol. Danse dite classique, Art universel. Il attachait une grande importance à l’avènement de cette invention française qu’est la Danse classique, qu’il sublimait avec emphase.
Un jour, il me disait «les Italiens et les Russes ont des tempéraments intéressants pour la Danse (il voulait parler des extrêmes qui caractérisent l’extrême sensibilité et l’extériorisation passionnée parfois incontrôlable) mais vous, les Français, vous avez quelque chose qui est rare et que personne n’a : c’est le sens de la mesure». Il ne parlait bien évidemment pas de la musique, mais du geste précis, là où il faut qu’il soit pour préserver l’équilibre et le sens du mouvement. Il avait le génie de ne jamais s’oublier à l’occasion d’une dédicace. Il m’avait dédicacé une superbe photo dans son Gisèle des années 30 «A Attilio Labis, magnifique Albert Loïs aux traditions Lifariennes.» C’était un généreux compliment pour moi, mais pour lui également.
Lifar était un scientifique de la scène, avec une connaissance parfaite des Artistes qui doivent être dans tel ou tel rôle. Et quand il n’était pas content après les Danseurs qui avaient raté leur entrée ou manqué la musicalité, il leur disait et c’était la suprême insulte, «allez danser à Angoulême». Pour lui, Angoulême était la pire province qu’il soit et pourtant, un jour, avec un déplacement de l’Opéra de Paris, il s’est produit à Angoulême plusieurs années plus tard. Lifar, c’était le développement de l’instinct devant la pensée, de l’esthétique devant le placement, alliés à la connaissance et à la maîtrise de son Art.
2016-10-04T08:21:57+00:00
Un grand nom de la Danse et un maître incontesté pour ceux qui ont eu le privilège de naviguer à travers leur Art sous son autorité bienveillante. Un chorégraphe inspiré et un Artiste Habité. Un interprète transfiguré par le personnage qu’il incarne. S’il jouait Napoléon, il était Napoléon. Si c’était un pharaon, il devenait le Pharaon, et dans Icare, il brûlait ses ailes dans le soleil et, symboliquement, il mourrait sur la terre, dévoré par son ambition de s’élever au-dessus des possibilités humaines. A ce propos, on peut parler de son côté mystique, qui risque d’échapper à ceux qui l’ont connu superficiellement, car dans ces moments de transfiguration, le mystère d’avoir une autre vie intérieure impalpable le submergeait. Il vivait alors intérieurement et détaché du monde. A l’occasion d’une tournée en Egypte, nous étions tous les deux à l’intérieur d’une pyramide et nous restions songeurs en contemplant l’excavation qui avait contenu le sarcophage d’un pharaon et comme Lifar ne disait rien, apparemment subjugué par le mystère qui règne dans cet endroit, je cassais le silence en disant «Maître, votre place est ici». Il me regarde alors et me dit «vous croyez Labis, vous croyez». A ce moment-là, il était le Pharaon. Chacun voit un personnage avec ses propres critères et ses propres souvenirs. Personnellement, j’ai le souvenir d’un être charmant avec une gentillesse et une bonhomie parfois touchante et une façon poétique de parler de la Danse, comme par exemple, la qualité du toucher de la pointe du pied d’une ballerine sur le sol. Danse dite classique, Art universel. Il attachait une grande importance à l’avènement de cette invention française qu’est la Danse classique, qu’il sublimait avec emphase. Un jour, il me disait «les Italiens et les Russes ont des tempéraments intéressants pour la Danse (il voulait parler des extrêmes...

Yvette Chauviré, Etoile de l’Opéra

Sa bonne humeur, son enthousiasme, sa patience, sa présence étonnante, son magnétisme faisaient que l’on donnait le meilleur de nous-mêmes, que l’heure ne comptait pas. On respirait une atmosphère de constante créativité. Tout ceci a beaucoup contribué à garder de lui un souvenir attachant et des plus respectueux. Le Maître reste le grand chorégraphe, auteur d’une période glorieuse pour la danse française
2016-10-14T15:00:04+00:00
Sa bonne humeur, son enthousiasme, sa patience, sa présence étonnante, son magnétisme faisaient que l’on donnait le meilleur de nous-mêmes, que l’heure ne comptait pas. On respirait une atmosphère de constante créativité. Tout ceci a beaucoup contribué à garder de lui un souvenir attachant et des plus respectueux. Le Maître reste le grand chorégraphe, auteur d’une période glorieuse pour la danse française

Lycette Darsonval, Etoile de l’Opéra

Serge Lifar était pour moi une idole et un génie. Très jeune je suis devenue son élève et plus tard sa partenaire pendant de nombreuses années. J’ai admiré toutes ses créations. Il avait le don de mettre en valeur la personnalité de ses partenaires. Son langage néo-classique a fait école et l’on peut compter parmi ses disciples: Roland Petit, Maurice Béjart, Françoise Adret, Claude Bessy… et tant d’autres.
2016-10-14T14:06:48+00:00
Serge Lifar était pour moi une idole et un génie. Très jeune je suis devenue son élève et plus tard sa partenaire pendant de nombreuses années. J’ai admiré toutes ses créations. Il avait le don de mettre en valeur la personnalité de ses partenaires. Son langage néo-classique a fait école et l’on peut compter parmi ses disciples: Roland Petit, Maurice Béjart, Françoise Adret, Claude Bessy… et tant d’autres.

Charles de Gaulle

«Au moment où vous quittez l’Opéra de Paris, auquel vous avez consacré toute votre activité artistique pendant tant d’années pour le plus grand renom de notre Ballet National, je tiens à vous redire mon admiration pour votre grand talent et à vous exprimer mes remerciements pour la part personnelle que vous avez prise au rayonnement culturel de la France à l’étranger.»
2016-10-14T13:59:49+00:00
«Au moment où vous quittez l’Opéra de Paris, auquel vous avez consacré toute votre activité artistique pendant tant d’années pour le plus grand renom de notre Ballet National, je tiens à vous redire mon admiration pour votre grand talent et à vous exprimer mes remerciements pour la part personnelle que vous avez prise au rayonnement culturel de la France à l’étranger.»

Joseph Kessel

Qu’on se figure un jeune garçon qui prétend avoir 18 ans, mais qui en paraît 15, un corps mince et dur aux épaules encore enfantines, un visage mat et bridé de Tartare, brûlé par des yeux verts, vifs, tendres et gais, des yeux de jeune chien que tout amuse… Dans les gestes vit cette brusquerie que le temps n’a pas encore effacée. Le sourire est charmant de confiance… Sur tout cela de la naïveté, de la joie, de la victoire.
2016-10-14T13:58:29+00:00
Qu’on se figure un jeune garçon qui prétend avoir 18 ans, mais qui en paraît 15, un corps mince et dur aux épaules encore enfantines, un visage mat et bridé de Tartare, brûlé par des yeux verts, vifs, tendres et gais, des yeux de jeune chien que tout amuse… Dans les gestes vit cette brusquerie que le temps n’a pas encore effacée. Le sourire est charmant de confiance… Sur tout cela de la naïveté, de la joie, de la victoire.

Jean Giraudoux

«C’est sans doute vous, Lifar, qui êtes le plus proche de ce qu’a pu être la danse originale des Grecs…»
2016-10-14T13:54:11+00:00
«C’est sans doute vous, Lifar, qui êtes le plus proche de ce qu’a pu être la danse originale des Grecs…»

Jean Cocteau

Chaque fois que Lifar danse, je vois du sang ; ses genoux sont blessés, sa bouche est une blessure, ses veines s’ouvrent. Il ruisselle littéralement, non pas du sang rouge que la foule et les familles cachent vite avec des linges, mais de ce sang de l’âme dont la perte nous épuise et qui est une sueur d’amour… Lorsque à ce privilège surnaturel comme les stigmates s’ajoutent les grâces de la jeunesse, alors la danse au lieu d’être un art assez ridicule retrouve son caractère sublime et religieux…
2016-10-03T13:21:55+00:00
Chaque fois que Lifar danse, je vois du sang ; ses genoux sont blessés, sa bouche est une blessure, ses veines s’ouvrent. Il ruisselle littéralement, non pas du sang rouge que la foule et les familles cachent vite avec des linges, mais de ce sang de l’âme dont la perte nous épuise et qui est une sueur d’amour… Lorsque à ce privilège surnaturel comme les stigmates s’ajoutent les grâces de la jeunesse, alors la danse au lieu d’être un art assez ridicule retrouve son caractère sublime et religieux…
Louis Jouvet

Louis Jouvet

Bravo, je vous ai applaudi de tout cœur, si heureux de votre succès. Tout ce que vous avez fait est si sincère, si vrai, si émouvant, et si neuf! J’attends avec grande impatience votre Roi nu.
2016-10-04T08:19:24+00:00
Louis Jouvet
Bravo, je vous ai applaudi de tout cœur, si heureux de votre succès. Tout ce que vous avez fait est si sincère, si vrai, si émouvant, et si neuf! J’attends avec grande impatience votre Roi nu.
Paul Valéry

Paul Valéry

Le ballet peut-il exister sans musique? L’idée de Lifar est forte parce qu’elle rencontre la vérité. Et ce qui est pour moi plus étonnant encore, c’est que j’ai commencé à faire de la poésie qui naît uniquement du rythme… Les pieds des danseurs savent non seulement parler, écrire, mais aussi penser…
2016-10-03T13:15:49+00:00
Paul Valéry
Le ballet peut-il exister sans musique? L’idée de Lifar est forte parce qu’elle rencontre la vérité. Et ce qui est pour moi plus étonnant encore, c’est que j’ai commencé à faire de la poésie qui naît uniquement du rythme… Les pieds des danseurs savent non seulement parler, écrire, mais aussi penser…